Dans la peau de… Isabelle KICHENIN, écrivain

Après Kim AMIANO K. et Marie Danielle MERCA, nous nous intéressons aujourd’hui à Isabelle KINCHENIN, primo romancière désignée par l’éditrice de La Plume et le Parchemin. Et cela tombait plutôt bien car nous avons aimé son roman, Gourmande. Bien ancré dans le décor réunionnais d’aujourd’hui, ce texte évoque une histoire d’amour atypique qui incitera l’héroïne à lever le voile qu’elle avait, précautionneusement, posé sur son passé.

Pour ce portrait, nous avons concocté un melting-pot de propositions d’écriture et de questions plus classiques!

  1. Dans son poème Post-scriptum des rêves, Victor Hugo, écrivait en 1865 (extrait) :

Un nain tout noir à mine oblique 
Parut et me dit en latin :

— « Ne va pas plus loin. Jette l’ancre,
« Fils, contemple en moi ton ancien,
« Je m’appelle Bouteille-à-l’encre ;
« Je suis métaphysicien.

[…]

« Amuse-toi. Sois jeune, et digne
« De l’aurore et des fleurs. Isis
« Ne donnait pas d’autre consigne
« Aux sages que l’ombre a moisis.

[…]

« Une bamboche à la Chaumière,
« D’où l’on éloigne avec soin l’eau,
« Contient cent fois plus de lumière
« Que Longin traduit par Boileau.

 L’écriture de votre premier roman vous a-t-elle été soufflée en rêve par un personnage haut en couleurs (mais peut-être aussi petit par la taille) ?

 

C’est vrai que le rêve, endormi ou éveillé, occupe une place particulière dans mon acte créatif. J’ai toujours l’impression d’être dans un état de conscience modifiée lorsque j’écris. C’était déjà le cas lorsque j’écrivais de la poésie, enfant, et ça l’est encore plus depuis que j’écris de la fiction. Et pour tout dire, j’aime beaucoup cet état. L’écriture m’offre ces moments délicieux où je n’ai pas à contraindre mon esprit, où je le laisse vagabonder. Est-ce un personnage apparu en rêve qui m’a soufflé Gourmande ? Non, je ne crois pas. J’ai eu en revanche l’impression que « quelque chose » écrivait à travers moi, que ça n’était pas moi qui écrivait.

Les textes sur lesquels je travaille en ce moment m’ont été « soufflés », comme vous dites, par des rêves et des songes éveillés. Peut-être parce que je m’autorise aujourd’hui l’ennui et que j’apprends à l’écouter.

 

  1. A la façon de Sei Shônagon et de ces « choses qui font battre le cœur », pourriez-vous nous décrire quelques anecdotes liées à l’écriture et à la publication de votre livre ?

J’aime beaucoup les Notes de chevet de Sei Shônagon et cet exercice des listes me plaît !

Choses qui font battre le cœur : 

Voir se dessiner la première fois, sous les touches de mon clavier, le personnage de Mathilde.
Me laisser surprendre par les actes et les sentiments de mes personnages.
Attendre les réponses des éditeurs.
Recevoir une réponse positive d’un éditeur.

 Choses qui donnent confiance :

L’intrigue qui se tisse, presque malgré moi.
Les encouragements d’Axel Gauvin, en phase d’écriture.
Les compliments des deux professeurs qui m’ont le plus marquée sur le chemin des mots : Marie-France Gauvin, ma prof de Français au collège des Deux Canons, et Bernard Terramorsi, mon prof de littérature comparée en fac de Lettres.
Les messages des lecteurs.

 Choses qui rendent heureux :

Les échanges passionnants avec le public de ma première rencontre-débat à la bibliothèque départementale.
La rencontre de Nathacha Appanah, un des auteurs contemporains que j’admire le plus.
Dédicacer aux côtés de David Foenkinos à la médiathèque du Tampon.

 Choses qui émeuvent profondément : 

Tenir entre les mains le premier exemplaire de J’ai eu une pensée émue pour mes parents et espéré que, de là-haut, ils soient fiers de moi.
Le gilet vert d’eau d’une dame rencontrée sur une dédicace. Elle était venue me montrer ses photos de famille et me raconter sa souffrance de mère ayant perdu son fils. J’aurais tant aimé pouvoir l’aider davantage.
Les larmes d’une lectrice victime d’inceste. Cette douleur doit pouvoir s’exprimer et être accueillie.
La dédicace que mon fils de 9 ans m’a demandé de lui faire « pour quand il sera grand ».

Choses qui frappent de stupeur :

Un homme, jugé et condamné pour actes pédophiles, qui me félicite pour mon roman.

 

  1. Ce qui nous a particulièrement marqué dans votre roman, ce sont les « détails », particulièrement réalistes : votre description d’une certaine classe sociale à La Réunion, du quartier des Camélias ou encore des intérieurs réunionnais. Pourriez-vous nous décrire à la façon de Jacques Prévert dans son Inventaire le bureau ou le lieu dans lequel vous écrivez ?

Une terrasse
Deux caméléons
Trois nuages
Quatre arbustes
Un petit jardin
Des fleurs

Un carillonneur

Un rayon de soleil
Un grillage enlacé de lianes
Un papillon embrasse une fleur
Un paille-en-queue aborde l’éléphant-nuage
Le petit garçon réclame son quatre heures

Un autre carillonneur

 

  1. Votre premier roman parle d’un sujet difficile, pour autant, sa lecture en est allégée grâce à un rythme enlevé. Pourriez-vous nous citer un ou plusieurs autres romans, qui pour vous parlent de sujets graves avec finesse et sans être trop plombants ?

C’est le genre de romans que j’aime particulièrement. Je pourrais en citer beaucoup…

– Quand j’avais cinq ans je m’ai tué, d’Howard Buten
– Chanson douce et Dans le jardin de l’ogre de Leïla Slimani
– En attendant demain de Nathacha Appanah
– La petite de Michèle Halberstadt

 

  1. « Gourmande », un titre à la fois intrigant et étonnant une fois qu’on a lu le roman… et vous, êtes-vous gourmande ?

Oui, je le suis. J’ai toujours été excessive en tout. Je commence à apprendre la mesure … à 44 ans, il était temps !

Pour revenir sur le titre du roman, « Gourmande » désigne la soif de vie qui maintient les trois personnages à flot malgré leurs souffrances. Je crois que c’est finalement ça que je questionne dans ce texte, cette petite flamme qui nous pousse à en demander encore, à vouloir en reprendre une petite part, de ce gâteau de la vie, même si les précédentes bouchées étaient difficiles à avaler.

 

  1. « Elle ne sait pas où tout ça la mène. Ça, la vie, grandir. Elle ne sait pas ce qu’il y a devant, dans ce temps qu’on appelle avenir et qui est aussi demain. Que peut-elle faire de tout ce temps ? »

L’amour est une île, Claudie Gallay

Et vous, qu’allez-vous faire de « tout ce temps » ? Quels sont vos projets pour les mois à venir ?

Profiter de « tout ce temps ». Après avoir été une hyper active stressée, j’ai appris à aimer l’ennui, la lenteur et à moins penser à demain. Aujourd’hui me plaît bien. Je travaille à mon deuxième roman ainsi que sur des projets d’ateliers que j’espère animer cette année.

 

Nous remercions chaleureusement Isabelle KICHENIN pour sa participation. Pour suivre son actualité, vous pouvez vous abonner à la page Facebook de son roman : cliquez ici. Ne manquez surtout pas la prochaine rencontre-débat qui aura lieu le 27 janvier de 16h à 17h à la médiathèque de Saint-Pierre.

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Journal créatif – ou comment s’essayer à l’écriture… en 8 jours !

Nous vous avons repéré… Vous guettez les ateliers, les apéros découverte, mais vous n’avez pas encore osé franchir la pas… Vous avez l’impression que vous ne sauriez pas…

Et pourtant… En chacun de nous, il y a une part de créativité. Si on sait la cultiver, si on prend le temps de la soigner, on peut être très surpris du résultat! Cela demande aussi de se laisser du temps ou comme dirait un écrivain (dont nous avons perdu toute trace, si tu te reconnais, fais coucou!)… « voler du temps pour écrire ». On peut écrire partout, chez soi, dans un café, sur un banc, sur la plage… pourvu qu’on s’y atèle.

Pour vous aider à découvrir votre fibre créative en matière d’écriture, nous vous invitons à pratiquer un petit jeu sur huit jours. Vous verrez : cela ne vous prendra pas plus de dix minutes chaque jour et au terme de ce délai, vous serez convaincu que vous pouvez vous aussi vous joindre à nos activités!

Téléchargez votre journal en cliquant ci-après : Journal créatif – 8 jours avec Lilomots

Vous pouvez imprimer votre journal en A4 ou en impression livret A5, puis le plier et l’agrafer en son milieu, comme sur la photo ci-dessus, à vous de voir!

Pour découvrir le projet Journal créatif avec d’autres écrivants, vous pouvez rejoindre le groupe Facebook – Les Lilonautes : cliquez ici.

Nous espérons que cette expérience vous plaira et que vous viendrez ensuite à notre rencontre!

Pique-nique Jouons avec les contes! | 27 janvier 2018 en soirée

Aux côtés de passionnés de contes, légendes et autres fantaisies, amateurs ou professionnels, venez découvrir les pratiques de l’écriture, du dessin ou du conte…

Un pique-nique partage est proposé (chacun ramène quelque chose), ainsi que des présentations de conte et des ateliers découverte de l’écriture créative (pour petits et grands) .

Le pique-nique se déroule le samedi 27 janvier à partir de 17h environ à l’Ermitage les Bains. Le lieu de rendez-vous sera précisé d’ici là.

Ouvert à tous et gratuit.

 

ANNULE – Atelier Canopé « Donne-moi une bonne idée… pour « Dis-moi dix mots » »| Mercredi 6 décembre 2017

Atelier annulé – Edit du 4 décembre 2017

 

Deuxième édition de nos ateliers en partenariat avec Canopé (le centre de ressources pédagogiques de l’Académie de La Réunion) : nous vous proposons cette fois de réfléchir à l’opération Dis-moi dix mots!

C’est une opération nationale mise en place par le Ministère de la Culture et de la Communication qui invite le monde francophone à découvrir le plaisir des mots. A partir d’une thématique et d’une sélection de dix mots, partout dans le monde, des activités et manifestations culturelles ont organisées. Après s’être noyé dans la toile, en 2018, nous dirons dix mots « sur tous les tons » – en savoir plus : cliquez ici!

Vous êtes professeurs, animateur, bibliothécaire et vous avez envie de mettre en place une activité autour de  » Dis-moi dix mots » ? Venez échanger avec nous pour trouver de belles idées !

Notre partenaire Romain, d’ Aponi Pictures, spécialiste de l’animation audio et vidéo sera exceptionnellement présent avec un focus sur la création de fictions sonores. Une rencontre à ne pas manquer! Pour découvrir ce qu’est une fiction sonore, cliquez ici (partagé avec l’aimable autorisation d’Aponi Pictures)!

 

Lieu : Canopé, Rue Jean Chatel à Saint-Denis
Date et heure : 6 décembre, à 13h30
Gratuit, ouvert à tous, destiné aux enseignants, animateurs et professionnels du livre et de l’écrit.

Inscrivez-vous en ligne : https://t.co/qFAbq72HwO

Dans la peau de… Marie Danielle MERCA, écrivaine et éditrice

Nous avons lancé en septembre la rubrique : « Dans la peau de » qui propose à des auteurs, éditeurs, libraires et bibliothèques à se présenter au fil des mois. Après Kim AMIANO K. (rappelez-vous), nous vous invitons maintenant à aller à la rencontre de Marie Danielle MERCA, écrivaine et éditrice.

Pour ce portrait, nous lui avons proposé de présenter son parcours avec un petit jeu façon OULIPO, en deux paragraphes intitulés « La plume.. » & « … et Le parchemin » puisque c’est ainsi qu’elle a appelé sa maison d’édition.

La Plume… 

Bercée par les contes de mon enfance, j’ai toujours aimé imaginer des mondes magiques et partir à l’aventure dans ma petite tête. C’est en 2008 que je décide de coucher mon imagination foisonnante sur papier et de la partager. J’autoédite une nouvelle, Lamia reine des vampires, dont le petit succès auprès de lecteurs inconnus me pousse à partir à la recherche d’un éditeur. Les deux années suivantes naissent deux romans jeunesse : Révalon et Seelianes. Enthousiasme des lecteurs, encouragement d’auteurs reconnus… tout me paraît magique ! Mais un détail va tout faire basculer. Ces livres sont publiés chez des éditeurs de la Métropole, classés dans la catégorie « éditeurs du net ». Aucun suivi, aucune communication de la part de ces éditeurs et aucun versement de mes droits d’auteur… Mon rêve s’écroule.

Je me tourne alors vers des éditeurs locaux (de La Réunion), avec le manuscrit Soraya Vamp, la revanche des Olympiens, les premières aventures de la fille de Lamia, une jeune Réunionnaise plongée dans une guerre entre humains, vampires et dieux grecs. Mais je me heurte de nouveau à un mur, et pas n’importe lequel ! On me fait gentiment comprendre que mon manuscrit est bien écrit, mais que ce mélange du folklore réunionnais à d’autres mythes du monde n’est pas approprié. Je me souviendrai toujours de cette phrase que j’ai souvent entendue à l’époque :

« L’imaginaire n’a pas sa place à la Réunion… »

Malgré cette mésaventure, je sens que ma plume plaît, notamment aux plus jeunes. Mon imaginaire véhicule mes messages auprès de ce jeune public. De plus, je rencontre d’autres auteurs qui font face aux mêmes obstacles. Je décide alors de continuer à écrire et m’intéresse progressivement au monde de l’édition.

 

 

… et le Parchemin

Pendant une année entière, un projet des plus invraisemblables me trotte dans la tête. Je me renseigne sur internet. J’observe, j’apprends… Puis arrive le jour où je me jette à l’eau : je contacte une boutique de gestion pour créer mon entreprise, ma maison d’édition ! Les éditions la Plume et le Parchemin naissent alors le 5 septembre 2013. J’y publie mes textes, ceux d’auteurs de La Réunion, mais la magie d’internet me permet également de rencontrer des artistes d’ailleurs. Je collabore donc avec des auteurs et illustrateurs de tous horizons francophones (France, Belgique, Canada…). L’édition n’est pas une aventure évidente, mais la passion qui m’anime, le soutien de mes auteurs et les encouragements de nos lecteurs, me portent. Je suis fière d’affirmer aujourd’hui que l’imaginaire, le fantastique, a trouvé sa place sur mon île et dans le cœur de nos lecteurs partout dans le monde…

 

Un grand merci à Marie Danielle MERCA pour s’être livrée à notre expérience… Pour plus d’informations sur sa maison d’édition, vous pouvez la suivre sur Facebook : cliquez ici.

 

Retour sur… Allons raconter la nature réunionnaise à l’école Estella Clain | Mardi 7 novembre

Quand nos gramoun racontent la nature aux jeunes générations…

Mardi 7 novembre au matin, sept invités insolites se sont assis en une sage rangée sous le tableau de l’un des salles de classe de l’école Estella Clain à La Chaloupe Saint-Leu. Ils attendaient la fin de la récréation pour que les rejoignent les cinquante élèves qui avaient écrit pour eux des poèmes sur la nature à La Réunion…

En partenariat avec l’ORIAPA (Organisation Réunionnaise d’Information et d’Aide aux personnes âgées et l’USEP (Union sportive de l’enseignement du premier degré), notre association a souhaité marquer cette année le Mois de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) du sceau de l’échange entre générations grâce à l’écriture et à la parole. Le mardi 31 octobre, nous avons animé un atelier d’écriture de haïkus (petits poèmes japonais) sur la nature réunionnaise. Les deux classes de CM1-CM2 ont aussi mené un travail complémentaire d’écriture et d’illustration avec leurs professeurs.

Parallèlement, l’ORIAPA a mobilisé des adhérents de clubs de la troisième jeunesse au Plate Saint-Leu pour qu’ils viennent à la rencontre des marmay, leur parler du tan lontan et des changements, ô combien nombreux, intervenus à La Réunion ces cinquante dernières années.

Enfin, la rencontre s’est tenue mardi pendant environ une heure trente à l’école. Les gramoun ont beaucoup apprécié le travail des élèves et le courage qu’ils ont mis à dire leurs poésies à haute voix devant un public. Et de leur côté, les enfants ont pu poser de nombreuses questions sur la vie d’avant : ils ont ainsi découvert les habitudes quotidiennes, les fruits disparus (ou non consommés aujourd’hui comme le galabert), comment on se soignait avec les plantes, et bien d’autres anecdotes !

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Le début d’un partenariat que nous espérons fertile!

 

Opération « 1 carte = 2 sourires »

Dans la continuité de nos actions inter-générationnelles, nous avons eu envie de lancer cette opération.

Le principe est très simple :

  • un enfant écrit, colorie, découpe une jolie carte de vœux (ou un dessin) à destination d’un « gramoun ».
  • Nous collectons les cartes au fil des mois de novembre et décembre…
  • et nous organisons la remise des cartes aux personnes âgées d’un EHPAD à Saint-Denis au courant du mois de janvier 2018!

 

Vous avez des enfants… Vous êtes professeur de La Réunion ou d’ailleurs… et vous avez envie de participer à cette action?

Pour participer, voici l’adresse postale à laquelle envoyer la carte :

Association Lilomots –  »opération 1 carte = 2 sourires’’
7 c chemin de la Butte
La Bretagne
97 490 Sainte-Clotilde